Consommation mondiale d’énergie 1800-2000 : les résultats

Consommation mondiale d’énergie 1800-2000 : les résultats

Surtout depuis la prise de conscience des dangers de changement climatique, la consommation future d’énergie fait l’objet de nombreux scénarios. Jusqu’à quel point peut-on contenir sa croissance ? Quelles sont les inflexions de trajectoire à la baisse qui restent réalistes ? La connaissance de celles du passé aide à répondre.


Les définitions des consommations d’énergie adoptées (Lire : Consommation mondiale d’énergie 1800-2000 : définitions et mesures) et les sources d’information inventoriées (Lire : Consommation mondiale d’énergie 1800-2000 : les sources d’information) permettent de construire des chroniques sur les deux siècles écoulés au cours desquels la croissance annuelle moyenne de la population mondiale (1,0%) a été largement dépassée par celle de la consommation de ressources énergétiques (1,7%). La globalité de cette dernière trajectoire masque évidemment des différences considérables dans le temps et dans l’espace. Déjà sensibles avant 1800 (Lire : Consommation mondiale d’énergie avant l’ère industrielle), elles s’élargissent entre les grandes régions du monde sous l’effet des bouleversements économiques liés aux révolutions industrielles successives porteuses de nouvelles sources d’énergie[1].

La compréhension de cette dynamique passe par un examen attentif, donc critique, de l’évolution de la consommation de chaque source d’énergie, région par région. Afin de ne pas alourdir excessivement l’article, les chroniques ne seront présentées que par pas décennaux alors même qu’elles ont été reconstituées sur une base annuelle.

 

1. Évolution de la consommation mondiale

Comment ont évolué, depuis, 1800, la consommation des grandes sources d’énergie primaire ? Quelle part ont pris, dans cette évolution, les grandes régions du monde ?

1.1. Consommation mondiale par source primaire d’énergie

L’adoption de pas décennaux et d’un comptage en million de tonnes d’équivalent pétrole (Mtep) introduisent quelques biais (Tableau 1) : le gaz naturel n’apparaît qu’en 1890 alors que 75 tep figurent dans les séries statistiques dès 1882 et que ce combustible a été utilisé localement dés la première moitié du 19ème siècle ; l’hydroélectricité, et plus encore l’énergie hydraulique (moulins à eau), sont bien antérieures au 1 Mtep que fait apparaître le tableau en 1910 ; dans une série présentée à la Conférence de Genève (1955), les Nations Unies comptaient 6 milliards de kWh en 1860, soit 0,5 Mtep et 34 en 1910, soit 2,9 Mtep[2].

 

Tableau 1 : Consommation mondiale par source d’énergie (Mtep)

 

Années Charbon Pétrole Gaz nat. Electricité Biomasse Total
1800            7          298           305
1810            9          323           332
1820          12          352           364
1830          17          375           391
1840          28          403           431
1850          45          438           483
1860          82          459           541
1870        131               1          476           607
1880        207               3          518           728
1890        309             10               5          555           880
1900        480             25               5          581         1092
1910        731             53             11                1          599         1395
1920        712             91             19                4          589         1415
1930        816           207             46               10          576         1655
1940        898           292             67               17          558         1833
1950        925           505           153               29          545         2158
1960      1252         1030           374               59          608         3323
1970      1387         2237           815             107          643         5189
1980      1748         3010         1158             211          789         6916
1990      2146         3135         1618             364          938         8200
2000      2116         3542         2026             465        1096         9242

Note. On rappelle que l’électricité primaire est comptabilisée en Mtep sur la base de son équivalence à la consommation ce qui divise par 2,5 sa part dans la consommation totale d’énergie par rapport à une équivalence à la production.

 

Qu’enseigne une comparaison des séries ci-dessus avec celles d’autres auteurs[3] ?

La consommation totale, toutes sources confondues, est quasiment identique en 1950 (2 158 Mtep) avec celle P. Putnam (2 222) et celle des Woitinsky (2 148) dont ce sont les années terminales. À partir de 1960, une comparaison avec les données de la Conférence mondiale de l’énergie (CME) puis du Conseil mondial de l’énergie (CME) révèle un point de départ (3 323 Mtep) quasiment identique (3 306) puis une divergence croissante (10 714 au lieu de 9 242 en 2000) qui s’explique largement par des choix différents d’équivalence thermique pour l’électricité primaire. La consommation de biomasse par voies traditionnelles du CME (930 Mtep) en 1990 conforte l’évaluation ci-dessus (938) obtenue par d’autres méthodes. Sur le 19ème siècle, seule la série de Palmer Putnam est disponible : elle diffère sensiblement de celle du tableau, en 1860, pour des raisons tenant aux limites des évaluations de cet auteur (Lire : Consommation mondiale d’énergie 1800-2000 : les sources d’information). De façon générale, la validité de cette série biomasse ne pourra être appréciée qu’après examen des diverses séries régionales dont elle est la somme.

Si l’on se limite aux sources commerciales, un plus grand nombre de comparaisons est concevable, puisqu’à l’échelle mondiale, sous certaines réserves, la consommation diffère peu de la production. Dès lors, des séries comme celles de Bouda Etemad et Jean Luciani ou celles des Nations Unies (Conférence de Genève) peuvent être sollicitées. En outre, les données de Joël Darmstadter sont d’excellentes références pour les années de l’entre deux guerres. On en retient que :

  • l’évolution de la consommation des sources commerciales figurant sur le Tableau 1 est toujours inférieure à la production mondiale des mêmes sources sur toute la période étudiée, ce qui est attendu ;
  • l’écart est inférieur à 7%, le plus souvent compris entre 3 et 5%, en 1800 puis sur tout le 20ème siècle pour des raisons tenant au choix des coefficients d’équivalence pour l’électricité primaire[4] ;
  • il s’explique aussi par un traitement imparfait des consommations attribuables aux soutes, dont celles des navires, exclues des consommations nationales dans les statistiques des Nations Unies[5] ;
  • en revanche, les écarts plus importants sur la consommation de charbon au 19ème siècle, surtout entre 1830 et 1850, attirent l’attention sur les lacunes des informations relatives aux exportations de charbon anglais à cette époque qui ne sont pas toutes retrouvées sous la forme d’importations des diverses régions du monde : des corrections devront être apportées à ces dernières, notamment en Asie, Océanie et Amérique latine.

Sous les réserves tenant à ces imprécisions statistiques, surtout pour la consommation de biomasse, quelques grands traits se dégagent de l’évolution retracée ci-dessus.

La biomasse, principalement sous la forme de bois brûlé aussi bien par les ménages pour la cuisson des aliments et le chauffage des maisons en régions froides ou tempérées que par l’artisanat et l’industrie est la source primaire d’énergie la plus utilisée durant tout le 19ème siècle : plus de 90% de la consommation totale jusqu’en 1843, plus de 80% jusqu’en 1866, avant une régression moyenne de 10 points par décennie, jusqu’au passage sous la barre des 50 % en 1903 au profit du charbon minéral et des premiers hydrocarbures liquides ou gazeux entrant dans les bilans énergétiques.

Le recul se poursuit par la suite mais  à un rythme beaucoup plus lent et par paliers : 40% au cours des années 1910, du fait de la Première Guerre mondiale en Europe, puis 35% entre 1927 et 1935, sous l’effet de la crise des économies occidentales. Après la Deuxième Guerre mondiale, la biomasse reprend sa régression relative jusqu’au plancher de 11% qui parait increvable depuis 1971 car résultant de la consommation de bois de feu par une population rurale croissante en Amérique latine, en Asie et en Afrique. Cette chute de presque 90 points ne signifie pas une diminution des volumes de biomasse brûlés annuellement qui ont été multipliés par trois en deux siècles mais évidemment pas dans les mêmes régions du monde (Lire : Biomasse et énergie).

Évaluée à environ 7 Mtep en 1800, la consommation mondiale de charbon minéral  a dépassé les 2 100 en 2000, soit une croissance annuelle moyenne de 2,9%, par étapes particulièrement contrastées. Jusqu’à la Première Guerre mondiale, c’est bien d’elle que provient la forte inflexion à la hausse de la croissance mondiale de la consommation totale d’énergie, sous l’effet d’une expansion des usages du charbon minéral au rythme annuel moyen de 4% faisant passer sa place dans le bilan énergétique mondial de 2,6% en 1800 à 12% en 1850, 25% en 1875 et 56% en 1913. Suivra ensuite un recul relatif en deux paliers : autour de 50% entre les deux guerres mondiales, puis de 25% jusqu’à la fin du 20ème siècle avant la remontée de la première décennie du 21e siècle.

Derrière le 1,2% de la croissance charbonnière mondiale entre 1913 et 2000, la poussée des hydrocarbures, pétrole et gaz naturel, à un rythme annuel moyen supérieur à 5% et celui de l’électricité primaire, hydraulique et nucléaire, à plus de 7%, soit, en fin de période, des parts dans la consommation totale d’énergie de 36% pour le pétrole, 20% pour le gaz naturel et 10% pour l’électricité.

1.2. Consommation mondiale par région

L’évolution du bilan énergétique mondial est peu compréhensible sans sa désagrégation au niveau des grandes régions du monde dont les consommations ont considérablement varié d’une période à l’autre.

Comment les évolutions par région ont-elles été construites ? Depuis 1950, les données sont celles des Nations Unies, après de légères modifications pour faire coïncider les découpages régionaux des Nations Unies et ceux d’Angus Maddison et pour remplacer certains coefficients d’équivalence par d’autres jugés plus réalistes. Avant 1950, les données résultent d’une recherche de cohérences entre trois approches :

  • la sommation de chroniques nationales, toutes les fois où ont pu être reconstituées des séries longues de consommations primaires par pays ; cette approche se suffit à elle-même lorsque ces chroniques sont de bonne qualité et que la consommation des pays représente la quasi-totalité de la consommation régionale ;
  • la recherche de données sur les consommations régionales que l’on trouve pour quelques années dans la compilation de Joël Darmstadter ;
  • l’estimation directe de l’évolution régionale de biomasse à l’aide de dire d’experts ou d’historiens et les séries démographiques.

L’examen de ces reconstitutions, région par région, révèle une extrême inégalité de qualités des données et donc de fiabilité des séries (Tableau 2).

 

Tableau 2 : Consommation mondiale par région (Mtep)

 

Afrique Amérique Nord Amérique latine Asie Europe Est Europe Ouest Océanie Monde
1800        21            16              9        151          50          59         0.1           305
1810        22            22              9        163          54          61         0.1           332
1820        22            30            10        178          59          65         0.1           364
1830        23            41            11        180          66          69         0.2           391
1840        24            57            13        184          72          80         0.2           431
1850        25            82            15        187          79          94         0.3           483
1860        26          101            16        189          86        122         0.6           541
1870        27          118            18        191          96        156         0.9           607
1880        28          144            21        205        122        206         1.2           728
1890        30          191            25        222        148        261         2.1           880
1900        33          238            30        242        209        335         4.3         1091
1910        41          397            42        264        233        409         7.3         1394
1920        51          506            51        286        144        365       11         1413
1930        63          572            67        320        184        433       14         1653
1940        77          601            88        359        243        441       18         1827
1950        94          861          115        369        263        428       24         2153
1960      125        1112          166        707        542        634       38         3323
1970      181        1684          238      1057        924      1047       58         5189
1980      285        1890          399      1615      1419      1225       83         6916
1990      395        2002          474      2392      1576      1255     106         8200
2000      480        2392          593      3145      1153      1361     119         9242

 

Avec l’inclusion de la biomasse dans la consommation mondiale d’énergie, l’Asie, continent le plus peuplé, reste en tête du bilan énergétique mondial de 1800 (50%) à 1850 (38%). À cette date, elle est à peu près à égalité avec l’Europe (de l’Atlantique à l’Oural) mais, contrairement à ce que pourrait laisser penser ce que l’on sait des conséquences de la première révolution industrielle, ce n’est pas d’Europe que vient le changement le plus significatif de cette première moitié du 19ème siècle. La consommation totale d’énergie s’y est accrue d’environ 60%, pour des raisons aussi bien démographiques qu’économiques, mais le principal changement vient de l’Amérique du Nord dont la part saute  de 5 à 15%. La population du sous-continent a quintuplé sous la poussée de l’immigration et a trouvé des ressources forestières telles que les consommations par habitant y ont très vite dépassé les volumes observés sur les autres continents (Lire : Charbon minéral aux États-Unis : les premiers pas de l’industrie).

Cette prédominance va se poursuivre jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale lorsque l’Amérique du Nord consommera plus de 40% des sources d’énergie exploitées dans le monde, en grande partie sous la forme d’hydrocarbures, pour une population inférieure à 7% de la population mondiale.

Entre temps, la part de l’Europe occidentale s’est haussée de 20% à 30% au long du 19ème siècle car le doublement de sa population s’est accompagné d’une augmentation des consommations par tête grâce à la forte croissance de l’utilisation du charbon, mais en 1900 ses 1,6 tep/habitant, en moyenne, sont loin des 2,9 de l’Amérique du Nord. Cette différence s’accusera encore au cours du 20ème siècle puisque la part de l’Europe occidentale y sera divisée par deux sous l’effet de la substitution du charbon par les hydrocarbures et  d’une plus grande efficacité des conversions.

Après 1950, les changements les plus notables viennent du doublement de la part de l’Europe de l’Est, de 10 à 20% entre le début et la fin du communisme, porteur d’un modèle de croissance économique très énergivore, et, plus encore de l’essor économique de l’Asie dont la consommation passe de 16 à 35% du bilan énergétique mondial (Lire : L’énergie en Chine : du début de notre ère à l’instauration du communisme et L’énergie en Chine : la construction du socialisme).

 

2. L’Afrique

C’est la région dont les statistiques de consommation d’énergie sont les plus fragiles pour trois raisons : la part de la biomasse sous la forme de bois de feu y est encore prépondérante ; les services statistiques nationaux sont récents ; les études historiques sont rares (Tableau 3).

 

Tableau 3 : Consommation énergétique de l’Afrique (ktep)

 

Charbon Pétrole Gaz naturel Électricité Biomasse Total
1800        21 000         21 000
1810        21 622         21 622
1820        22 262         22 262
1830        23 162         23 162
1840        24 098         24 098
1850        25 072         25 072
1860        26 086         26 086
1870        27 140         27 140
1880        28 434         28 434
1890        29 790         29 790
1900          2 000             100        31 211         33 311
1910          4 777             384        35 877         41 038
1920          7 554             668        42 458         50 680
1930          9 941          1 700               10        50 876         62 527
1940       13 904          3 898               56        59 035         76 893
1950       16 784          8 330                  1             121        68 503         93 739
1960       25 479        16 911                20             639        81 722       124 771
1970      34 444        33 885              356          2 135      109 848       180 668
1980      55 102       69 856         15 135          5 226      139 995       285 314
1990      79 957       95 976         33 090          5 296      180 552       394 871
2000      94 761     105 111         45 886          7 998      229 391       479 557

 

L’évolution reconstituée doit donc être interprétée avec d’autant plus de prudence que même les données démographiques sur lesquelles reposent les évaluations de consommation de la biomasse sont périodiquement révisées[6].

Au cours des deux siècles écoulés, pour une croissance annuelle moyenne de la population de 1 ou 1,2%,  la consommation d’énergie a crû de 1,6% par an, cette trajectoire comprenant le doublement de ce taux depuis 1950.

La prédominance de la biomasse, de 100% en 1800 à 70% en 1950 et 48% en 2000, n’a été que très lentement entamée par le charbon dont la consommation a progressé de 2 Mtep en 1900 à 17 en 1950, presque exclusivement en Afrique du Sud, et par un peu moins de produits pétroliers issus d’importations ou d’une petite production de brut en Égypte.

Ce n’est qu’au cours de la deuxième moitié du 20ème siècle que le bilan énergétique de l’Afrique amorce une véritable transformation avec le passage de 30% en 1950 à 52% en 2000 de la part des sources modernes d’énergie. Au charbon minéral désormais très utilisé en Afrique du Sud et en plus petites quantités au Zimbabwe (ex-Rhodésie), au Malawi et en Zambie, s’ajoutent les produits pétroliers qui se substituent au charbon dans les autres pays (Lire : Les industries du charbon minéral en Afrique : histoire et perspectives), notamment dans ceux qui deviennent des producteurs de pétrole brut : l’Égypte puis l’Algérie, le Gabon, l’Angola, la Libye, le Congo et le Nigeria. Dans les mêmes, un peu de gaz naturel commence à être consommé au cours des années 1960. Parallèlement, le développement de l’électrification s’appuie entre autres sur l’installation d’aménagements hydroélectriques notamment en Égypte (Assouan), au Mozambique (Cahorra Bassa), au Zaire (Inga I et II) ou au Mali (Lire : Mali : l’aménagement hydroélectrique de Sélingué).

 

3. Amérique du Nord

À l’opposé de la précédente, cette région est la plus riche de toutes en séries longues sur la consommation d’énergie. Elle n’est en effet constitué que de deux pays, dont un dominant (les États-Unis) qui dispose de services statistiques fédéraux déjà anciens et de nombreuses études historiques[7].

 

Tableau 4 : Consommation énergétique de l’Amérique du Nord (ktep)

 

Charbon Pétrole Gaz naturel Électricité Biomasse Total
1800               77         16 262         16 339
1810             127         22 266         22 393
1820             218         29 943         30 161
1830             615         40 489         41 104
1840          1 713         54 964         56 677
1850          4 714         77 073         81 787
1860        11 289               69         89 389       100 747
1870        22 854             310         95 137       118 301
1880        45 118           2 415         96 723       144 256
1890        89 488           3 925      5 252           22         92 445       191 132
1900      149 216           5 535          5 164             240         77 473       237 628
1910      279 902         24 111         11 032             742         81 668       397 454
1920      341 754         64 862         17 645          2 189         79 532       505 981
1930      305 904       144 847         41 701          4 749         74 859       572 060
1940      282 435       191 909         57 549          7 032         61 838       600 763
1950      314 955       341 513       141 069        13 252         49 802       860 592
1960      228 057       513 060       298 336        21 984         50241    1 111 678
1970      298 177       774 644       527 111        37 048        46 718    1 683 699
1980      393 367       884 474       478 620        70 975         62 148    1 889 583
1990      480 992       850 408       492 958      107 729         70 405    2 002 490
2000      571 865       995 982       596 049      131 800         96 501    2 392 197

 

Les traits les plus frappants de cette évolution (Tableau 4) sont la durée de la prédominance de la biomasse qui, en 1870, s’élève encore à 80% de la consommation totale d’énergie et la rapidité du passage au charbon minéral dont la part saute de 6% en 1850 à 64% en 1900 (Lire : Charbon minéral aux États-Unis : les premiers pas de l’industrie).

À partir de cette date, la biomasse laisse la place d’abord au charbon, dont la part (73%) culmine au cours de la Première Guerre mondiale, puis au pétrole et au gaz naturel dont l’essor est irrésistible entre 1950 (56%) et 1973 (77,4%). Le premier choc pétrolier casse cette ascension au profit du charbon qui revient en force dans la production thermoélectrique et du nucléaire qui contribue au triplement de la part de l’électricité primaire, de 3,6% en 1973 à 11,1% en 2000.

 

4. Amérique latine

Immense, la région s’étend du Rio Grande à la Terre de feu. Les sources d’information relatives aux sources commerciales sont identiques à celles des régions précédentes[8]. La consommation de biomasse est traitée comme celle de l’Afrique en multipliant le nombre annuel d’habitants par une hypothèse d’évolution de la  consommation par tête (Tableau 5).

 

Tableau 5 : Consommation énergétique de l’Amérique latine (ktep)

 

Charbon Pétrole Gaz naturel Électricité Biomasse Total
1800         8 550       8 550
1810          8 844           8 844
1820          9 549           9 549
1830        11 192         11 192
1840        13 246         13 246
1850        15 210         15 210
1860        16 178         16 178
1870        17 988         17 988
1880        21 500         21 500
1890        435                10        24 860         25 305
1900          1 212                93          3        28 764         30 072
1910          6 072           1 855          79        33 891         41 897
1920          4 468           6 483   165              174        39 936         51 225
1930          6 122         12 458         1 507              360        46 721         67 169
1940          6 372         20 347           3 040              646        57 485         87 892
1950          5 792         37 947           2 132         1 1117        67 832       114 821
1960          6 871         78 707           9 066         2 985        67 935       165 565
1970          9 153       126 849         25 929         6 969        68 979       237 880
1980        15 090       226 865         50 711       18 988        86 877       398 530
1990        22 827       253 494         74 046       34 875        88 659       473 900
2000       26 845       301 541       117 442       55 127        91 865       592 820

 

Sauf sous la forme de cargaisons de houille anglaise débarquées dans les ports de Buenos Aires ou de Rio de Janeiro, notamment pour alimenter les premières usines à gaz, le charbon est peu présent dans le bilan énergétique du sous-continent au 19ème siècle et ne croitra guère au 20ème siècle : les 10% atteints en 1900 ne dépassent pas 15% entre 1911 et 1913 puis retombent entre 3 et 5% jusqu’à la fin du 20ème siècle. En cause, un décollage industriel tardif et une exploitation charbonnière limitée tant au Chili qu’au Brésil jusqu’à son essor en Colombie, à la fin du 20ème siècle, mais à destination du marché international plus que de la consommation domestique.

C’est donc presque exclusivement sur des produits pétroliers que l’Amérique latine s’est industrialisée et a développé ses systèmes de transport, ce en s’appuyant sur les industries pétrolières de très nombreux pays, dont celles du Mexique et du Venezuela (Lire : Pétrole : les anciennes concessions du Venezuela et du Moyen OrientPétrole : réformes et renégociations du régime de l’amont pétrolier (upstream) au Venezuela et au Moyen-Orient et Petroleos de Venezuela). Cet approvisionnement a été très tôt complété par du gaz naturel exploité  en Argentine dès 1913. De 35% de la consommation totale en 1950, les hydrocarbures n’ont cessé de gagner du terrain jusqu’à représenter 70% à la fin du 20ème siècle (Lire : El fracking : por qué en Argentina ; Shale oil y shale gas en Argentina).

 

5. Asie

 En gardant en tête les limites imputables aux déficiences des statistiques disponibles[9], la consommation d’énergie du continent semble avoir été multipliée par plus de 20 au cours des deux siècles écoulés sous l’effet de la croissance de la population multipliée par six et de l’accès à d’autres sources d’énergie que la biomasse (Tableau 6).

 

Tableau 6 : Consommation énergétique de l’Asie (ktep).

 

Charbon Pétrole Gaz naturel Électricité Biomasse Total
1800       150 500       150 500
1810       163 486       163 486
1820       177 592       177 592
1830       180 754       180 754
1840       183 974       183 974
1850       187 250       187 250
1860       189 246       189 246
1870       191 264       191 264
1880             564                  9       104 875       205 449
1890          2 103              373       219 563       222 039
1900          6 033           1 399       234 250       241 681
1910        20 016           4 485       239 657       264 158
1920        34 527           5 488             560             645       244 521       285 742
1930        55 037           9 086             571          1 264       254 330       320 288
1940        74 295         12 043             954          2 712       268 658       358 661
1950        64 184         11 643             776          3 749       288 360       368 711
1960      272 826         82 039          6 438          7 683       338 066       707 052
1970      299 534       351 527         23 095        14 272       368 467    1 056 896
1980      467 717       594 479         71 287        31 920       449 997    1 615 400
1990      797 641       797 168       203 252        62 863       530 689    2 391 613
2000      874 807    1 197 510       387 823         92 174       592 198    3 144 512

 

Plus que celle des autres régions du monde, l’évolution de la consommation d’énergie de l’Asie s’infléchit fortement au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale par un saut de 0,6% à 4,4% de croissance annuelle moyenne. En plus des rythmes de l’expansion démographique en hausse de 0,5 à 2,0%, la reconstruction économique du Japon et les  décollages de l’industrialisation en Corée du Sud, en Chine, en Inde et dans nombre d’autres pays de l’Asie du Sud-Est stimulent les besoins de nouvelles sources d’énergie.

En tête de ces dernières, le charbon minéral dont la part dans le bilan énergétique de la Région avait été portée de 3% en 1900 à 21% en 1950 par le développement de l’ industrie charbonnière du Japon, sur son territoire mais aussi en Manchourie et en Corée. Entre 1950 et 2000, l’essor des nouvelles industries charbonnières mises en place tant en Chine qu’en Inde puis au Vietnam et en Indonésie soutient une croissance annuelle moyenne de la consommation de 5%. (Lire : L’énergie en Chine : du début de notre ère à l’instauration du communisme et L’énergie en Chine : la construction du socialisme).

 En revanche, contrairement à l’Afrique et à l’Amérique latine, l’Asie a moins fait appel aux hydrocarbures, hors pays producteurs de pétrole du Moyen-Orient. Alors que la part des produits pétroliers culmine à 38% de la consommation totale lors du premier choc pétrolier, celle du gaz naturel ne dépassera jamais 11%, à la fois parce que la production est limitée dans tout l’Extrême Orient et que les importations sous forme de gaz naturel liquéfié (GNL) sont très coûteuses.

 

6. Russie et Europe de l’Est

La réunion dans une même région de la Russie, des anciennes républiques soviétiques et des pays d’Europe centrale a perdu une grande partie de sa signification depuis la chute du communisme au début des années 1990. Dans une perspective doublement séculaire, on ne peut cependant oublier la longue période d’histoire commune de tous ces pays qui a laissé une forte empreinte sur la croissance de leur consommation d’énergie (Tableau 7).

 

Tableau 7 : Consommation énergétique  de la Russie et de l’Europe centrale (ktep)

 

Charbon Pétrole Gaz naturel Électricité Biomasse Total
1800         50 055         50 055
1810         54 466         54 466
1820         59 267         59 267
1830         65 879         65 879
1840         72 492         72 492
1850         79 104         79 104
1860              864         84 833         85 703
1870           4 419                50         91 448         95 916
1880         15 003              577       106 131       121 711
1890         22 332           4 644       120 815       147 791
1900         59 472         13 952       135 515       208 939
1910         86 758         15 737       130 631       233 126
1920         24 063           5 814             652                49       113 509       144 087
1930         76 576         15 511          1 840              102         90 225       184 254
1940       138 727         36 284          4 996              668         62 535       243 210
1950       175 602         44 708          8 239           1 366         33 417       263 332
1960       315 829       138 164        50 156           5 422         32 516       504 085
1970       389 288       321 047       174 171         13 371         26 374       924 256
1980       481 464       538 007       347 609         27 328         24 095    1 418 503
1990       421 306       513 092       571 456         46 268         23 980    1 576 101
2000       284 887       268 055       526 506         46 969         26 441    1 152 858

 

La connaissance de cette dernière est cependant loin d’être égale : alors que l’évolution de la consommation en Russie dès le milieu du 19ème siècle est relativement bien connue, celle de ses voisins l’est moins. Les données sont particulièrement rares pour la Tchécoslovaquie, la Pologne, la Roumanie et la Hongrie, tous pays transformés, voire créés par plusieurs redécoupages politiques[10].

En dépit de ces obstacles, quelques tendances se dégagent de la reconstitution. La croissance de la consommation totale au cours du 19ème siècle au rythme annuel moyen de 1,4 % dépasse certes les 1,0%  de la population, mais de très peu tant la biomasse reste prédominante (65% en 1900) alors même que l’efficacité des moyens de combustion semble s’être améliorée (Lire : L’énergie en Russie avant 1917).

Ni le charbon du Donbass ni le pétrole de Bakou ne bouleversent un bilan énergétique façonné par des méthodes de chauffage, de production artisanale et industrielle ou de transport toujours archaïques. Avec l’avènement du communisme en Union Soviétique dés 1917 puis dans les pays d’Europe centrale au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, le rythme de croissance de la consommation d’énergie grimpe à 3,5% entre 1920 et 1990 pour une population dont le taux de croissance se tasse à à 0,7%.

Les premiers plans quinquennaux sont assis sur un rapide développement du charbon, du Donbass à l’Oural, puis le pétrole et le gaz naturel prennent le relais après la Deuxième Guerre mondiale (Lire : Le développement énergétique de l’Union Soviétique de 1917 à 1950). La part du premier dans le bilan énergétique de la région s’élève de moins de  20% au début des années 1920 à près de 70% au début des années 1950 tandis que celle des seconds effectue le même saut entre 1950 et 1990. Ces moyennes masquent évidemment de sensibles écarts entre pays de la région, mais la politique énergétique centralisée, s’appuyant sur des infrastructures de transport et des normes de consommation communes, a tendu à unifier le modèle de consommation énergétique.

 

7. Europe de l’Ouest

Comme l’Amérique du Nord, la région est assez bien fournie en sources statistiques, mais elle est beaucoup plus fragmentée et hétérogène[11]. Le suivi des séries est surtout rendu complexe par les changements de frontières, internes à la région et entre les régions (cas de l’Allemagne de l’Est –RDA). Rappelons enfin que la Turquie a été rattachée à la région Asie (Tableau 8).

 

Tableau 8 : Consommation énergétique de l’Europe de l’Ouest (ktep)

 

Charbon Pétrole Gaz naturel Électricité Biomasse Total
1800           7 000         51 987         58 987
1810           8 930         52 442         61 372
1820         11 770         52 866         64 636
1830         15 901         53 259         69 160
1840         26 330         53 621         79 951
1850         39 972         53 952         93 924
1860         69 309                  1         53 072       122 382
1870       103 454              147         52 115       155 716
1880       146 109              488         59 908       206 405
1890       193 460           1 306                  1         66 725       261 472
1900       258 689           3 378                  1                  9         72 877       334 954
1910       328 123           5 312                  7              108         75 391       408 941
1920       291 726           6 175                  7              470         66 303       364 681
1930      353 383         20 881                  7           3 210         55 531       433 013
1940      370 815         20 044                36           6 014         44 470       441 379
1950      332 368         53 286           1 087           9 442         31 419       427 603
1960      385 460       189 236         10 031         19 491         29 952       634 170
1970      335 116       600 471         62 540         31 536         17 826    1 047 489
1980      306 827       658 170       167 865         53 652         20 233    1 225 474
1990      305 349       585 486       224 254       103 045         36 936    1 255 070
2000      216 964       634 925       330 705       126 925         51 720    1 361 239

 

Entre toutes les régions, l’Europe de l’Ouest est celle dont la croissance de la consommation d’énergie a été la plus contrastée au cours des deux derniers siècles. Son taux annuel moyen de 1,6% sur toute la période résulte d’une expansion soutenue de 1,8% entre 1800 et 1910 suivie d’une quasi stagnation de 0,1% entre 1910 et 1950 puis d’une reprise au rythme de 2,4% par la suite. La croissance démographique de 0,6% ayant peu variée, les changements de rythme viennent bien des transformations du bilan énergétique et du développement économique.

Les premières mettent en jeu l’essor industriel du Royaume-Uni puis des principaux pays de l’Europe continentale et le recours de plus en plus massif au charbon minéral dont la consommation croît au rythme annuel moyen de 2,8% jusqu’en 1830 puis de 4% jusqu’à la veille de la Première Guerre mondiale. Sa part de 12,5% de la consommation totale en 1800 saute ainsi à 31,3% en 1830 puis 48,6% en 1850 et 80,2% en 1910, passant devant celle de la biomasse au début des années 1850. Cette prédominance persistera jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale avant le début d’un rapide recul vers 32,0% en 1970 et 14,0% en 2000.

Dans tous les pays européens, la consommation de charbon est complétée dès la fin du 19ème siècle puis progressivement remplacée par des produits pétroliers qui, de 2% du bilan énergétique en 1920 sautent à 12% en 1950 puis 60% en 1973, leur point culminant. Contrairement à l’Amérique du Nord dont le sous-sol en est riche, l’Europe ne commence à utiliser massivement du gaz naturel que très tardivement : de 10% en 1973 à 22% en 2000, soit une part légèrement supérieure aux 19% d’électricité primaire en forte croissance depuis la production électronucléaire à grande échelle à partir de la fin des années 1970.

 

8. Océanie

La région est limitée à l’Australie, à la Nouvelle Zélande et aux îles du Pacifique[12]. La qualité des données disponibles est d’autant plus médiocre que les démographes ne s’accordent pas sur l’évolution de la population au 19ème siècle[13]. Fort heureusement, elle pèse peu dans l’évolution de la consommation énergétique mondiale (Tableau 9).

 

Tableau 9 : Consommation énergétique de l’Océanie (ktep)

 

Charbon Pétrole Gaz naturel  Électricité Biomasse  Total
1800               60                60
1810               88                88
1820             130              130
1830             178              178
1840             245              245
1850             336              336
1860             108             461              570
1870             268             633              901
1880             349             815           1 164
1890             974          1 132           2 106
1900          2 862             100          1 364           4 326
1910          5 009             359          1 914           7 282
1920          7 434             618          2 682         10 734
1930          8 637          1 609             102          3 659         14 006
1940        10 384          3 037             214          4 450         18 084
1950        13 497          4 489             382          5 705         24 073
1960        17 458        11 794             894          7 694         37 840
1970        21 434        28 243          1 293          1 891          4 806         57 667
1980        28 503        37 964          8 519          2 747          5 658         83 391
1990        37 759        39 253        18 722          3 445          6 338       105 517
2000        45 878        39 304        22 038          3 858          8 025       119 103

 


Notes et références

[1] Toutes les séries statistiques présentées ci-après reposent sur des collectes et traitement de données effectués dans le cadre de l’Institut Economique et Politique de l’Energie (IEPE) du CNRS et de l’Université Pierre Mendes-France (Grenoble), notamment par Patrice Ramain que nous remercions vivement.

[2] Nations Unies (1956.  Actes de la Conférence internationale sur l’utilisation de l’énergie atomique à des fins pacifiques. Genève : Nations Unies, 571 p. L’électricité primaire est comptabilisée sur la base d’une 1 tep = 11 630 kWh.

[3] Dans les notes qui suivent les références bibliographiques ne sont pas toutes complètes car elles ont été détaillées dans l’article Consommation mondiale d’énergie 1800-2000 : les sources d’information.

[4] Outre celui appliqué aux sources primaires d’électricité (Lire : Consommation mondiale d’énergie 1800-2000 : définitions et mesures), ceux retenus pour les différents charbons (source AIE) sont plus restrictifs que ceux des Nations Unies tandis que le gaz naturel est converti en tep PCI au lieu de PCS.

[5] Joël Darmstadter p. 588 les estime à 67,79 Mtec en 1925 et 84,97 en 1950 soit environ 47 et 59 Mtep c.à.d. 3% de la consommation mondiale. Darmstadter (Joël) with Teitelbaum Perry D and Polach Jaroslav G (1971). Energy in the world economy. A statistical review of trends in output, trade and consumption since 1925. Baltimore and London : The Johns Hopkins Press, 876 p.

[6] L’évolution de la consommation de biomasse, sous forme de bois de feu et de charbon de bois, est le produit, année par année, de l’évolution démographique par une consommation unitaire supposée constante jusqu’en 1950 (300 kep) puis légèrement décroissante jusqu’en 290 en 2000 conformément aux données publiées par les organismes internationaux.  En première analyse la constance se justifie par l’insignifiance des substitutions interénergétiques avant 1950 et le faible taux d’urbanisation du continent (14% en 1950), mais l’évolution démographique retenue (Lire : Consommation mondiale d’énergie 1800-2000 : les sources d’information) est sensiblement inférieure aux estimations les plus récentes, à savoir 107 Mh (1800), 111 (1850), 133 (1900).

La consommation de sources commerciales avant 1950 est quant à elle très peu connue. Les seules données trouvées à ce jour sont :

les consommations primaires de Joël Darmstadter pour l’ensemble du continent (total et par sources) et ses principaux pays ou sous-régions en 1925, 1929, 1933, 1937 et 1938 ; les productions de charbon de B.R. Mitchell qui remontent à 1889 (Afrique du Sud), 1904 (Zimbabwe), 1915 (Nigeria), 1918 (Algérie), 1920 (Zaire), 1930 (Maroc et Mozambique) ; les productions pétrolières commencent elles aussi en Egypte en 1911, en Algérie en 1922 et au Maroc en 1933, mais, outre leur très faible volume, elles ne permettent pas de passer aux consommations. Les séries reconstituées entre 1900 et 1925 (données de Joël Darmstadter) ne sont donc que des estimations provisoires.

[7] Les sources des séries après 1950 sont toujours les Nations Unies corrigées AIE, notamment pour la biomasse. Pour les années antérieures, les consommations des Etats-Unis (commerciales et non commerciales) sont tirées de Palmer Putnam, puis, à partir de 1850 de Sam Schurr, moyennant quelques ajustements pour la biomasse (Lire : Consommation mondiale d’énergie 1800-2000 : les sources d’information) ; celles du Canada viennent de B.R. Mitchell qui livre les productions  et les échanges internationaux de charbon, pétrole et gaz naturel depuis leur origine ; en revanche, la production d’hydroélectricité n’a été trouvée que chez Bouda Etemad. Dans l’ensemble, les chroniques de cette région sont cohérentes quelles que soient les sources d’information, au moins depuis 1850.

[8] Mitchell B.R (1980). International historical statistics : The Americas and Australasia. London : The MacMillan Press, 930 p. L’annuaire contient suffisamment de séries pour pouvoir, moyennant quelques corrections, reconstituer la consommation de sources commerciales de l’Argentine (1887), le Brésil (1901), le Chili (1895), la Colombie (1921), le Mexique (1891) et le Pérou (1884). La somme des consommations de ces pays représente plus de 80% de celle de la région qui est ajustée sur des estimations complètes à partir de 1925.

[9] Les sources statistiques des sources commerciales pour l’Asie sont les mêmes que pour l’Amérique latine : Nations Unies, AIE pour l’après 1950, Joël Darmstadter, B.R Mitchell pour l’avant 1950[9]. Les données compilées par ce dernier sont cependant très insuffisantes car, à l’évidence, l’Asie a consommé du charbon minéral bien avant 1880 et en beaucoup plus grande quantité que ne l’indiquent le début des séries publiées  à savoir : Chine : 508 000 tep de charbon en 1903, 45 000 de pétrole en 1885, ni gaz ni électricité hydraulique avant 1950 ; Inde : 1, 1 Mtep de charbon en 1890, 13 000 tep de pétrole en 1889,  pas d’électricité avant 1946 ; Japon : 133 000 tep de charbon en 1874, 1 000 tep de pétrole en 1875,  479 tep d’électricité primaire en 1914 et 1 000 tep de gaz l’année suivante ; rien sur la Corée, l’Indonésie, la Malaisie et Singapour, Taïwan, la Thaïlande et la Turquie avant les données de Joël Darmstadter en 1925. On trouve pourtant des productions de charbon et de lignite antérieures à ces dates. Si l’on vérifie leur non exportation, il conviendra de les inclure en les complétant par des importations de charbon anglais dont on connaît l’existence au 19e siècle. Etemad Bouda et Luciani Jean, sous la direction de Bairoch Paul et Toutain Jean-Claude (1991). Production mondiale d’énergie. Genève : Droz, 227 p, (pp. 17-19 et 41). Rien en revanche sur la production hydroélectrique à des dates antérieures à celles de Joël Darmstadter.

La consommation de biomasse est toujours obtenue en combinant l’évolution démographique du continent et une consommation par tête moyenne tirée d’estimations des organismes internationaux pour la période d’après 1950 et de dires d’experts en deçà : d ‘abord stable (250 kep tout au long du 19e siècle), elle aurait pu décroître vers 244 (1910), 238 (1920), 232 (1930), 226 (1940), 220 (1950), 198 (1960), 176 (1970), 174 (1980), 171 (1990), 167 (2000)[9]. Ces hypothèses peuvent être confrontées aux résultats de certaines recherches. Dans le cas de la Chine (35% de la population de la région Asie en 2000), Z.Yuan et ses collègues (Int. J. Energy Technology, 2002) estiment la consommation de biomasse en 1993 à 180 Mtep, soit pour une population de 1200 millions d’habitants 150 kep par tête dont 214 kep pour les seules zones rurales où vivent 70% de la population. Sur une consommation primaire de 1 290 Mtep (1 110 + 180) cette même année, la biomasse représente 14%. Elle est consommée surtout par les ménages des zones rurales (170 Mtep) principalement sous formes de résidus agricoles (96), de bois de feu (64) et de déchets animaux (10) dans ce dernier cas uniquement par les minorités qui peuplent le Tibet, le Qinghai et le Ningxia. A quoi s’ajoute environ 11 Mtep de bois de feu dans les industries des zones rurales. Les coefficients de conversion utilisés dans cette étude sont les suivants : 2,9 tonnes de matière sèche (bois ou déchets) = 1 tep (1 tonne = 0,345 tep) ; 1,0 kg de produit récolté = 1 kg de résidus, sauf pour le coton (3 kg), le sorgho et le maïs (2 kg) ; 7500 kg/ha de bois de feu dans les montagnes du Sud, 3750 dans celles du Nord, 750 dans les taillis, avec un coefficient de collecte de 0,5 en plaine et de 0,2 en montagne. Selon les auteurs, la ressource de biomasse la plus importante est constituée des résidus agricoles dont le volume croît avec la production agricole, d’où l’hypothèse de 150 Mtep en 1980, 216 en 1994, 270 en 1998, 370 en 2020 et 500 en 2050. Actuellement, la moitié environ est valorisée sous forme d’énergie, le reste servant à la nourriture des animaux (10%), à la production de matériaux (20%) ou étant abandonné (20%).

[10] Les sources d’information relatives aux consommations d’énergie commerciales sont encore les Nations Unies puis l’AIE sur la période postérieure à la deuxième guerre mondiale, Joël Darmstadter sur celle de l’entre deux guerres. Pour la Russie puis l’URSS, sous-ensembles de loin les plus importants de la région, on remonte sans trop de difficultés jusqu’en 1860 grâce à : Palmer Putnam qui retrace (p. 421-438) les consommations de charbon, lignite, pétrole et gaz ; B.R. Mitchell (European Historical) qui fournit des séries de production, importation et exportation de ces mêmes combustibles (p. 185, 195-97, 235-241) ; Bouda Etemad (p. 164) qui fournit quelques données sur l’hydroélectricité à partir de 1913. Pour l’Europe centrale (Tchécoslovaquie, Pologne, Roumanie, Hongrie), nous n’avons pas trouvé de données antérieures à 1925 et avons dû les inclure dans l’ajustement entre la Russie et la région Europe de l’Est.

L’estimation de la consommation de biomasse, avant la disposition de données des Nations Unies et de l’AIE, s’appuie sur la reconstitution de Palmer Putnam et sur des évaluations de Paul Bairoch (correspondance) à savoir 650 kep par habitant tout au long du 19ème siècle (climat froid et ressource abondante) puis diminution rapide qui exprime les conséquences de l’urbanisation, de l’industrialisation soviétique et des rapides substitutions interénergétiques. Au cours du 20ème siècle, la consommation par habitant aurait ainsi pu évoluer comme suit : 543 kep (1910), 437 (1920), 330 (1930), 224 (1940), 117 (1950), 98 (1960), 75 (1970), 63 (1980), 58 (1990), avant la remontée de fin de période : 70 (2000).

[11] Outre les données récentes des organismes internationaux, on dispose de nombreuses séries statistiques sur la production, les importations et les exportations de la plupart des pays d’Europe occidentale dans le European Historical Statistics de B.R. Mitchell : Belgique (depuis 1831), Autriche (1819), Danemark (1843), Finlande (1860), France (1802), Allemagne (1817), Italie (1861), Pays Bas (1846), Norvège (1829), Espagne (1849), Suède (1840), Suisse (1848), Royaume-Uni (1816). Pour la plupart de ces pays, on trouve aussi la production hydroélectrique (assimilable à une consommation) dans Bouda Etemad : Italie (1883), Autriche (1918), Finlande (1929), France (1923), Allemagne (1925), Italie (1900), Norvège (1935), Portugal (1926), Espagne, Suède, Suisse (1929), Royaume-Uni (1920).

Les données sur la consommation de biomasse après 1950 sont celles des organismes internationaux ajustées comme indiqué plus haut (voir 2.3.3). Avant cette date, elles résultent du produit de l’évolution démographique par une évolution de la consommation moyenne par tête estimée sur des bases fournies par Paul Bairoch (correspondances). La jonction des deux sources donne ainsi : 450 kep par habitant (1800), 444 (1810), 438 (1820), 432 (1830), 426 (1840), 420 (1850), 405 (1860), 390 (1870), 375 (1880), 360 (1890), 345 (1900), 330 (1910), 275 (1920), 220 (1930), 165 (1940), 110 (1950), 96 (1960), 50 (1970), 55 (1980), 98 (1990), 110 (2000). On n’oubliera pas que la remontée de la consommation à partir de 1980 s’effectue sur la base de technologies modernes et comprend une part croissante de déchets urbains, agricoles et industriels.

[12] Voir tableau 8, article Consommation mondiale d’énergie 1800-2000 : les sources d’information.

[13] Avant les données de J. Darmstadter sur la consommation d’énergies commerciales en 1925 puis les publications régulières des Nations Unies, les informations sont rares. B.R. Mitchell (The Americas and Australasia) donne la production de charbon et de lignite (p. 404) de l’Australie à partir de 1881 et celle de Nouvelle Zélande encore peu développée en 1878 (165 000 t). L’Australie exportant déjà 29 000 t de charbon en 1851 et sa production atteignant 1,876 Mt en 1881, la région a dû consommer du charbon bien avant que ne le fasse apparaître le tableau, et ce sans tenir compte d’éventuelles importations de charbon anglais. Bouda Etemad le confirme en donnant une production australienne de 369 000 t en 1860 (p. 29).Peu importante dans la région, l’hydroélectricité  a dû aussi commencer à se développer en Nouvelle Zélande avant 1922 (108 GWh). La consommation de biomasse a été traitée comme celle des autres régions sans sources statistiques en multipliant la population annuelle, très sous-estimée  par une consommation moyenne par tête de 300 kep sur toute la période en attendant une l’obtention de données plus réalistes que celles de la FAO, avec ou sans révision de l’AIE.

 


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