Les réseaux de chauffage urbain

Les réseaux de chaleur, appelés aussi chauffage urbain dans le cas de réseaux alimentant des habitats en agglomération, sont des systèmes de chauffage étendus au niveau d’un quartier, d’une ville, d’une métropole ou d’un site industriel. Leur diffusion contribue à l’efficacité énergétique, donc à la transition vers des systèmes énergétiques plus respectueux de l’environnement.

Cet article a bénéficié des contributions de Nicolas Giraud et Philippe Clolot (Compagnie de chauffage intercommunale de l’agglomération grenobloise- CCIAG) qui ont fourni des avis, des illustrations et les informations ayant permis la rédaction de la section 5. L’encyclopédie les en remercie très vivement.


Un réseau de chauffage urbain est un dispositif distribuant à de multiples usagers et bâtiments, dans un quartier, une ville ou un ensemble urbain, de la chaleur produite ou récupérée de façon indépendante. Il a pour origine lointaine les réseaux de distribution d’eau chaude issue de la géothermie chez les Romains et au Moyen Âge. Plus tard, les premiers réseaux industriels sont apparus aux Etats Unis à la fin du 19ème siècle (1877) pour fournir essentiellement à des industriels de la chaleur sous forme de vapeur, avec ou sans circuit de retour pour la vapeur condensée. Le réseau de chaleur de la ville de New York, démarré en 1882, reste actuellement le plus puissant au monde.

Fig.1. Les différentes générations de chauffage urbain 

Des réseaux de chaleur en circuits fermés, destinés à fournir du chauffage aux bâtiments d’habitation, ont été construits avec de l’eau surchauffée (T>120°C) dès le début du 20ème siècle. Ils ont connu un large déploiement en particulier dans les pays froids (Europe du nord, Russie, Chine, entre autres). Les réseaux de chauffage urbain ont ensuite évolué à travers différentes générations (Figure 1).

La quatrième génération de réseaux commence à se mettre en place avec de l’eau à pression et à température modérée, ce qui limite les pertes de transport. Concernant la production de chaleur, le charbon, le fuel et le gaz ont été pendant longtemps les sources quasi uniques de chaleur. L’arrivée de nouvelles sources d’énergie, de la cogénération, de la géothermie et des chaleurs fatales pour la production de chaleur, associée aux nouvelles contraintes environnementales, ont contribué à modifier en profondeur les pratiques des gestionnaires.

Les réseaux de chaleur évoluent techniquement, avec les mises en place de stockage et de numérisation pour une gestion optimisée des pics d’appel de puissance, mais également en termes d’utilisation, suite aux transformations dans le bâti et le mode de vie dans les logements. Des réseaux de froid commencent à apparaitre et dans le cadre d’une métropolisation planétaire galopante, la création de réseaux, éventuellement mixtes pour délivrer alternativement chaleur et froid, pourrait contribuer à une transition énergétique plus respectueuse de l’environnement (Lire : La transition énergétique, enjeu majeur pour la planète).

Ces caractéristiques expliquent le grand intérêt dont jouissent les réseaux de chauffage urbain. Le programme des nations unies pour l’environnement (PNUE) les cite comme un outil important à utiliser pour engager la transition énergétique. Dans une directive récente sur l’efficacité énergétique, l’Union Européenne (UE) demande aux Etats membres de recenser les réseaux de chaleur afin d’identifier les territoires où un développement de réseaux de chaleur serait opportun et d’engager les études de valorisation pour toute nouvelle construction. La France, dans la Loi sur la Transition Energétique et la Croissance Verte (LTECV) demande de multiplier par cinq la chaleur distribuée par les réseaux de chaleur à l’horizon 2030.

 

1. Organisation et gestion d’un système de chauffage urbain

Fig. 2. Configuration d'un réseau de chauffage urbain – Source : CCIAG

Un réseau de chauffage urbain se compose toujours d’un ensemble d’éléments complémentaires (Figure 2) :

  • une ou plusieurs chaufferies ou échangeurs qui produisent la chaleur,
  • un réseau, en général souterrain, qui distribue cette chaleur par le biais d’eau chaude, pressurisée ou non, ou de vapeur d’eau,
  • un dispositif (échangeur de chaleur ou utilisation directe et compteur) pour chaque point d’utilisation qui transforme la chaleur selon la forme demandée par l’utilisateur et mesure la quantité utilisée.

La dite chaleur est ensuite distribuée dans les différentes pièces ou utilisations par un réseau secondaire privé et des diffuseurs de chaleur adaptés.

1.1. Les chaufferies

Fig. 3. Chaudière.

Généralement installées dans des locaux techniques séparés pour les réseaux de grande taille, les chaufferies rassemblent tous les équipements nécessaires à la production de chaleur (Lire : Qu’est-ce que l’énergie ?). Les combustibles sont stockés dans des conditions adaptées à leur utilisation et aux contraintes techniques et économiques. Les chaudières composent le cœur du système par leur capacité à répondre aux besoins de l’exploitant. Autrefois alimentées par les combustibles fossiles, les chaudières ont progressivement été adaptées ou renouvelées pour fonctionner avec différents combustibles et sont de plus en plus alimentées par des produits issus de la biomasse, des déchets et des produits de récupération (Figure 3). Dans le cas de la géothermie profonde ou des chaleurs fatales, la production utilise des échangeurs de chaleur.

Les chaudières qui peuvent être de différents types (tubulaires, lits fluidisés ou cogénération) fournissent directement la chaleur sous la forme d’eau chaude ou de vapeur (pour la cogénération, une seconde étape de transformation est nécessaire). Ces chaudières sont désormais équipées de dispositifs de traitement de fumées pour récupérer un maximum de chaleur et dépolluer le plus possible les fumées. Une série de dispositifs spécifiques vise à réduire les poussières fines et les polluants chimiques afin de n’émettre dans l’atmosphère que de la vapeur d’eau et un minimum de polluants et de gaz à effets de serre (GES). Pour des réseaux à basse température, des sources telles que le chauffage solaire thermique ou la géothermie basse température commencent à être utilisées (Lire : Énergie géothermique). Pour faire face aux situations de pannes ou d’appels importants de chaleur, les chaufferies intègrent également des chaudières auxiliaires à démarrage rapide qui ne fonctionnent que pendant des temps très limités, souvent au gaz ou au fuel.

1.2. Le transport de chaleur

L’eau, vecteur de chaleur, dispose de propriétés de conductance et de capacité calorifique qui constituent le meilleur choix technique et économique. Utilisée auparavant sous forme de vapeur, elle est maintenant presque exclusivement utilisée sous forme liquide, pressurisée à haute température pour accroitre la quantité de chaleur transportée, un compromis étant à trouver entre les pertes, la quantité de chaleur transportée et la longueur du réseau. D’où la tendance à la réduction de température afin de limiter les pertes et d’augmenter la capacité de récupération de chaleur fatale qui est souvent de bas niveau.

Fig. 4. Canalisations.

Le transport se fait par des doubles canalisations pour l’aller-retour via des pompes de circulation pilotées, excepté dans le cas de transport de vapeur en utilisation directe, méthode quasiment abandonnée de nos jours (Figure 4).

La demande de chaleur ayant tendance à diminuer, il devient possible de distribuer en réseau basse température et d’avoir ainsi des réseaux mixtes. Dans le cas de canalisations en acier, afin de minimiser les pertes de chaleur, celles-ci sont entourées d’isolants performants, du type laine de verre ou polyuréthane. Le réseau est en général souterrain, individualisé dans des caniveaux dédiés qui protègent les canalisations de la corrosion et des chocs, afin d’éviter de trop rapides dégradations mécaniques et des problèmes de condensation. Des pompes assurent la circulation de l’eau, donc de la chaleur, et leur capacité de modulation de débit permet de s’adapter à la demande. L’autre moyen d’adapter la quantité de chaleur livrée est la variation de température de l’eau. Les réseaux importants sont en général conçus avec des arborescences et des branches interconnectées qui permettent de desservir la majorité des points de distribution par des voies différentes. Ceci permet de limiter les interruptions de service lors d’une rupture ou d’une fuite importante sur une canalisation et de mieux gérer des appels brusques localisés.

1.3. Les stations secondaires

Fig. 5. Sous-station de réseau de chaleur.

Ces stations assurent la distribution de la chaleur chez l’utilisateur. Elles comportent un échangeur de chaleur qui adapte la chaleur aux conditions requises par le réseau de chauffage et, si besoin, de la distribution d’eau chaude sanitaire (Figure 5). Un dispositif de mesure de la chaleur fournie ainsi qu’un dispositif de régulation de température, optimisant à la fois la fourniture aux besoins du client et la température de retour, complètent le dispositif secondaire. La compétence du réseau de chaleur s’arrête en général à la sortie de l’échangeur de chaleur.

1.4. La gestion du réseau

Tous les réseaux disposent désormais de dispositifs de pilotage et de contrôle centralisés pour les chaufferies et les pompes du circuit ainsi que pour la détection de fuites importantes. La diversification des moyens de chauffage et la diminution des besoins des bâtiments justifient l’amélioration des moyens de conduite des réseaux de chauffage urbain. Ceux-ci sont de plus en plus numérisés pour permettre de suivre les consommations, d’anticiper les besoins en chaleur et d’équilibrer au mieux les différents circuits. Les performances économiques du réseau sont mesurées par la densité thermique, rapport de la quantité de chaleur livrée sur une année à la longueur du réseau de distribution de cette chaleur. Elle s’exprime donc en MWh/an par mètre linéaire, et permet de qualifier l’intérêt économique du réseau.

 

2. Bref état de l’existant

Dans le monde, la chaleur fournie à partir des réseaux de chaleur représente à peu près 5% de l’énergie finale utilisée pour le chauffage individuel. Sa répartition spatiale est très diversifiée, la Russie et la Chine représentant à elles seules plus de 70% de la chaleur distribuée dans le monde, avec une production issue encore quasi exclusivement de combustibles fossiles, charbon et gaz.

Les Etats-Unis ont conservé leurs grands réseaux, développés à la fin du 19ème siècle, afin de récupérer la chaleur fatale liée à la production électrique. Ils ne fournissent que 4% de la chaleur utilisée, essentiellement dans les zones commerciales et les campus.

Fig.6. Réseau de chaleur en Islande.

En Europe, si la moyenne de chaleur distribuée atteint 13% des besoins de chaleur, l’implantation est très variable suivant les pays, forte dans les pays du nord et de l’est, très faible dans les pays du sud. L’Islande distribue 95% de ses besoins de chaleur dans des réseaux alimentés par la géothermie (Figure 6). Plus de 50% de la chaleur utilisée au Danemark et en Lituanie passe par des réseaux de chaleur.

En France, la dernière enquête sur les réseaux de chaleur porte sur l’année 2014 :

  • nombre de réseaux de chaleur : 536 (+ 20 réseaux de froid) ;
  • longueur totale des réseaux : 4 660 km ;
  • puissance totale installée : 16 553 MW ;
  • énergie thermique livrée : 20 485 GWh (soit le chauffage de 2,13 millions d’équivalent logements, unité souvent employée pour le chauffage urbain).

Fig. 7. Répartition de la chaleur livrée par les réseaux de chaleur en France (2013).

Sur cette période, 57% de la chaleur distribuée provenait encore des combustibles fossiles (42% pour le gaz) mais avec les mesures fiscales favorables engagées (TVA à 5,5% pour la chaleur livrée dans des réseaux alimentés à plus de 50% par des énergies renouvelables et de récupération), l’utilisation de ces énergies renouvelables est en constante progression. En 2013, 58% de l’énergie thermique livrée était destinée au secteur résidentiel (Figure 7) au prix moyen de vente de 71,6 €/MWh TTC, mais sujet à de fortes disparités selon la taille et les caractéristiques techniques des réseaux, ainsi que les combustible employés[1]. Les émissions de CO2 sont évaluées à des valeurs proches de 150 g par kWh livré et diminuent avec l’utilisation croissante des énergies renouvelables, le gaz produisant 234 g de CO2 par kWh. Sur ces bases, les réseaux de chaleur sont des outils de plus en plus compétitifs pour la fourniture de chaleur dans les ensembles urbains. Ils le seront d’autant plus que la taxe carbone est appelée à augmenter.

Clientèle des réseaux en volume de chaleur livrée (©Connaissance des Énergies d’après données du Cerema)

 

3. Les conditions d’exploitation

Le réseau doit être en mesure de fournir la quantité d’énergie nécessaire tout en disposant d’un potentiel de puissance capable de répondre aux appels des usagers dans les situations de grand froid. Pour définir la puissance nécessaire, chaque bâtiment abonné doit fournir l’estimation de son besoin maximal en fonction d’une température de référence minimale intérieure et extérieure. Une analyse technique préalable, lors du rattachement du bâtiment au réseau, permet de faire cette estimation. On parle alors de puissance souscrite, puissance qui servira à dimensionner l’échangeur local et les tuyaux d’amenée de l’eau chaude (débit et température). L’addition de ces paramètres permet de définir l’ensemble du réseau et des chaufferies principales et d’appoint.

Les quantités de combustibles sont provisionnées pour mettre à disposition la quantité d’énergie adaptée aux besoins et à la météorologie. Comme dans toute fourniture énergétique, le coût de la chaleur livrée est composé de deux paramètres : l’abonnement et la consommation. L’abonnement, ou part fixe, généralement baptisé «  R2 » dans la terminologie du chauffage urbain en France, couvre l’ensemble des frais fixes, à savoir, fonctionnement, personnel, réparations et amortissement de l’investissement. Il est calculé à partir de la puissance souscrite, selon les coefficients et évolutions prévues aux contrats afin de couvrir l’ensemble des frais fixes. La part mobile, dite « R1 », est liée à la quantité et au coût des combustibles utilisés. Elle est proportionnelle à la quantité de chaleur livrée chez l’abonné. La partie fixe R2 correspond souvent à 60% de la facture. Il est donc essentiel de bien définir au préalable la puissance souscrite pour ensuite mettre en place les moyens d’intégration de la baisse de cette puissance, lorsque des travaux d’amélioration thermique des bâtiments sont réalisés.

En général, les réseaux de chauffage urbain sont construits par des collectivités territoriales qui disposent de la compétence « énergie ». Leur mode de gestion peut varier de la régie de chaleur, où la collectivité garde l’ensemble des responsabilités dans la gestion du réseau, à la délégation de service public, selon deux modes de gestion : l’affermage, où la collectivité garde la main sur les investissements et délègue la gestion du réseau, et la délégation totale, où l’ensemble de l’activité est déléguée et planifiée dans un compte d’exploitation prévisionnel. Un réseau de chauffage urbain est un outil important des collectivités territoriales dans la gestion du plan climat. C’est pourquoi elles doivent se doter de moyens efficaces pour contrôler son bon fonctionnement et favoriser son développement (Lire : La décentralisation énergétique en France dans les décennies 1980-2000 : l’émergence des collectivités locales dans les domaines de l’énergie, La décentralisation énergétique en France dans les décennies 1980-2000 : les mutations des enjeux et des marchés énergétiques, et La décentralisation énergétique en France dans les décennies 2010-2020 : les effets de la loi de transition énergétique).

 

4. L’intérêt des réseaux de chaleur et les pistes de leur développement

Il grandit avec les développements recherchés en direction de la production, du transport et de l’utilisation de la chaleur.

Concernant la production l’avantage principal des réseaux réside dans la possibilité d’utiliser et de mixer différentes sources de chaleur en ordonnant l’appel selon différents paramètres. Il peut s’agir de minimiser les coûts mais aussi de prendre en compte des critères environnementaux tels que la pollution et l’émission de GES. Les produits utilisés dans les chaudières se complexifient (déchets ménagers et ultimes, biomasse ou farines animales) et peuvent s’avérer très polluants en cas de combustion mal maitrisée. Il faut donc les utiliser continuellement à température adaptée et éviter les arrêts et démarrages de chaudière qui entrainent des combustions incomplètes et des émissions excessives de polluants.

Le transport de chaleur nécessite régulièrement de lourds investissements financiers. C’est pourquoi, l’objectif des gestionnaires est d’accroitre la densité énergétique et de minimiser les fuites de chaleur et d’eau par des travaux d’entretien planifiés efficacement. Pour l’utilisateur local, il peut bénéficier d’une chaleur sous sa forme la plus optimisée, sans avoir à se soucier des problématiques de stockage ou d’utilisation de combustibles.

Face à de tels enjeux, de nombreuses initiatives tentent de répondre. Trois axes vont influencer le développement des réseaux de chaleur.

4.1. L’évolution des réseaux

Fig.8. Raccordement au réseau.

Pour améliorer la densité thermique, il faut que, dans le périmètre desservi par les réseaux, les bâtiments en construction et les bâtiments non reliés, ou en situation de renouvellement de chauffage, soient incités à se raccorder au réseau. Les collectivités peuvent y contribuer en classant les périmètres afin que les nouveaux bâtiments, ou les bâtiments renouvelant leur chaudière, aient l’obligation de se raccorder au chauffage urbain, sauf à démontrer qu’ils disposent d’une solution plus économique ou plus écologique (Figure 8).

La qualité thermique du bâti s’améliorant, les besoins en chaleur diminuent. Les réseaux peuvent ainsi facilement intégrer de nouveaux usagers en adaptant les débits et températures afin d’optimiser fournitures et pertes. De nouveaux outils numériques de gestion, les « smart grids », ainsi que des équipements de stockage de chaleur, avec des performances et des localisations adaptées, permettent de répondre aux besoins en minimisant les appels brutaux de production qui se traduisent le plus souvent par l’utilisation de combustibles fossiles. Les maillages des réseaux existants et les opérations immobilières proches des quartiers déjà desservis sont autant d’opportunités à saisir pour étendre les réseaux. A l’inverse, l’urbanisation et le changement climatique augmentent les besoins de rafraichissement dans les logements. La mise en place de réseaux mixtes ou spécialisés dans le froid constitue un autre axe de développement des réseaux.

4.2. L’évolution des sources de chaleur

La révolution en cours dans la production de chaleur est marquée par le passage des combustibles fossiles aux productions liées à la biomasse et aux usines d’incinération. Cette évolution permet d’utiliser et de valoriser énergétiquement des produits peu exploitables tels que, les parties non nobles de l’exploitation du bois et de la biomasse en général, les déchets ménagers non valorisables, les farines animales ou encore les combustibles solides de récupération, dans de bonnes conditions environnementales (Lire : Biomasse et énergie).

En outre, la combustion continue à température adaptée, ainsi que le traitement optimal des fumées, donnent un avantage certain aux réseaux de chaleur de grande envergure, sur les réseaux de moindre taille et les chaudières individuelles de copropriétés qui sont soumises à de nombreux démarrages et arrêts, sources de pollution supplémentaires.

Ces nouvelles sources sont aussi régulièrement associées à des systèmes de cogénération qui valorisent davantage la chaleur produite en y associant une turbine de production d’électricité à la sortie de la chaudière (Lire : Cogénération et stockage saisonnier de la chaleur).

L’autre évolution majeure concerne l’élargissement des sources possibles telles que la géothermie profonde ou de surface, en Islande par exemple, mais aussi l’énergie solaire thermique, actuellement sous utilisée, ou encore les diverses sources d’énergie fatale liées aux processus industriels. Seuls des réseaux de chaleur peuvent gérer efficacement la combinaison de ces diverses sources en fonction des besoins. Des pays commencent même à parler d’utiliser l’énergie nucléaire comme source de chaleur, soit avec des petits réacteurs dédiés, soit en soutirant de la chaleur à une température valorisable dans les centrales de production électrique existantes (Lire : Les réacteurs électrogènes modulaires).

4.3. Les évolutions techniques

La mise en place de systèmes de stockage de chaleur performants et adaptés aux besoins, permet de gérer avec moins d’à-coups les systèmes de combustion et de diminuer l’appel aux combustibles fossiles à haute teneur calorifique, utilisés jusqu’à présent directement ou dans les systèmes de secours. Les études en cours vont permettre de remplacer les combustibles fossiles, encore trop souvent utilisés pour l’appoint, par des bio- combustibles de deuxième ou troisième génération tirés de la biomasse. Le solaire thermique doit quant à lui trouver sa place dans les réseaux de chaleur pour l’utilisateur mais aussi dans l’approvisionnement du réseau.

Un réseau de chaleur, pour une collectivité, est le moyen d’éviter la dispersion des centres de combustion et de faciliter leur contrôle. C’est aussi le moyen d’utiliser au mieux les diverses sources de chaleur existantes ou potentielles sur son territoire. Pour l’utilisateur, cela facilite la sélection et la gestion de sa source de chaleur, tout en garantissant les qualités économiques et environnementales de la chaleur produite.

 

5. L’exemple de la Compagnie de Chauffage Intercommunale de l’Agglomération Grenobloise (CCIAG)

Fig. 9. Centrale de la Poterne

Entreprise publique locale, la Compagnie de Chauffage Intercommunale de l’Agglomération Grenobloise (CCIAG) est une Société d’Économie Mixte (SEM) créée en 1960. La majorité de son capital est détenue par les collectivités locales représentées par Grenoble-Alpes Métropole ainsi que les villes de Grenoble et d’Échirolles. L’entreprise gère le second réseau de chaleur de France, après celui de Paris, ainsi que l’Unité de Valorisation Energétique d’Athanor. Elle facilite et accompagne, depuis plus de 55 ans, l’aménagement et le renouvellement urbain pour une agglomération grenobloise attractive, solidaire et durable (Figure 9).

5.1. Les principales étapes du développement de la CCIAG

La construction du premier réseau de chaleur régional de France, performant, efficace et propre, s’est effectué par étapes :

  • 1960 : création de la Société pour la Distribution de la Chaleur dans la ville de Grenoble (SDCVG), le 22 août 1960 ;
  • 1961 : début d’exploitation de la chaufferie Teisseire (Figure 10) ;Fig. 10. Chaufferie Tesseire (1961) - Source: CCIAG.
  • 1966 : la centrale du lycée Vaucanson chauffe la cité Mistral ;
  • 1968 : reprise d’exploitation de la chaufferie du Commissariat à l’Energie Atomique (CEA) ;
  • 1969 : la Villeneuve sera chauffée par la nouvelle centrale ;
  • 1972 : démarrage des trois fours de l’usine d’incinération des ordures ménagères de l’Île d’Amour à la Tronche ;
  • 1974 : interconnexion du réseau principal avec la chaufferie de Vaucanson ;
  • 1976 : interconnexion réseau principal avec la chaufferie de l’île d’Amour (Figure 11) ; Fig. 11. Usine d’incinération Ile d’Amour (1972) – Source : CCIAG.
  • 1987 : interconnexion des réseaux de Teisseire et de la Villeneuve pour une meilleure efficacité ;
  • 1993 : mise en service de la centrale de la Poterne ;
  • 1994 : lancement du bois énergie à la centrale de la Villeneuve et de la Poterne ; mise en service du complexe d’Athanor ;
  • 1998 : interconnexion du réseau CEA avec le réseau CCIAG ;
  • 2000 : mise en service de la centrale de cogénération Isergie ;
  • 2007 : achèvement des travaux de transformation de la centrale de la Villeneuve afin d’augmenter la part de bois énergie ; mise en route du second turboalternateur à Athanor ;
  • 2009 : 50% de l’énergie produite est issue d’énergies renouvelables et de récupération (EnR&R) ; mise en place d’une conduite intelligente du réseau grâce au développement du logiciel CŒUR, smartgrid thermique permettant l’optimisation de son mix énergétique
  • 2013 : bouclage CEA/Rue Ampère ;
  • 2015 : mise en service de la plateforme bois énergie à Goncelin. 65% de l’énergie produite est issue EnR&R ;
  • 2016 : 88 625 tonnes, record de bois valorisé en chaleur sur la saison 2015/2016.

5.2. Les réalisations de la CCIAG

Fig. 12. Le mix des combustibles de la CCIAG – Source : CCIAG.

La CCIAG est un outil au service de la collectivité, des clients publics, privés et de ses habitants. Elle est délégataire d’un service public et opérateur énergétique local de production, de distribution, de maintenance et de services associés sur le territoire de la Métropole. Elle gère cinq centrales de production et 170 km de réseau desservant 100 000 équivalents logements chauffés sur six communes, ce qui représente 30% des besoins de chauffage des logements existants et 25% des besoins des bâtiments du secteur tertiaire. La chaleur produite est issue de chaufferies qui brûlent des combustibles de plus en plus « propres » : en 2018, 65% est tirée d’énergies renouvelables et de récupération (Figure 12).

Ce résultat a été atteint par la transformation des générateurs du charbon vers la biomasse. Les outils de production mis en œuvre sur le réseau de chaleur étaient historiquement des débouchés pour le charbon des mines de La Mure, afin de conserver les emplois. La Compagnie a rapidement mis en place une politique « multi-énergies » comportant une diversification des types de combustibles utilisés dans ses centrales, dont des énergies locales «propres», et le recours à des techniques innovantes (biomasse, farines, cogénération).

Il l’a aussi été par l’extension de la distribution de chaleur par réseau basse pression, notamment dans les nouveaux éco-quartiers, tels que la ZAC Flaubert. Ce dispositif est adapté aux nouveaux besoins de chaleur et permet, grâce à leur mutualisation, de lisser les pics de consommation des bâtiments.

Toutes ces évolutions ont été conduites en étroite concertation avec l’ensemble des parties prenantes de l’aménagement durable urbain : les communes et leurs élus, en tant qu’autorités concédantes, mais aussi les aménageurs, promoteurs, partenaires, associations, centres de recherche, industriels riverains du réseau pour satisfaire au mieux l’intérêt général. Certaines ont été renforcées par des partenariats.

  • EcoCité a pour objectif de rendre les villes existantes pleinement durables. Ce projet concerne une quinzaine de villes qui s’engagent volontairement sur des programmes globaux d’innovation énergétique, architecturale et sociale sur le bâti existant et la réalisation de plusieurs éco-quartiers. Sur le plan énergétique, le Plan Air Energie Climat, porté par Grenoble-Alpes Métropole, fixe sur le territoire de la Métro un objectif de réduction de 50% des émissions de GES à l’horizon 2030, et l’atteinte du « facteur 4 » à l’horizon 2050. Avec un objectif de 100% d’énergies vertes sur le réseau de chaleur en 2033, la CCIAG répond donc bien au but d’EcoCité.
  • Dans le cadre d’un partenariat recherche et développement contractualisé avec le CEA-LITEN, le projet smart grid thermique (réseaux de chaleur intelligents) a pour objectif la modélisation du réseau mutualisé (appels de puissance, dynamique du réseau, mutualisation) et l’optimisation ultérieure de son exploitation afin d’anticiper les besoins et d’utiliser de façon optimale les différentes sources d’énergie. Ce partenariat stratégique, orienté vers les économies d’énergie, vise notamment à intégrer des technologies de stockage thermique de manière à réduire les pointes de puissance et à étudier l’opportunité d’intégrer des biocombustibles liquides et solides de manière à « verdir » davantage le mix énergétique de la CCIAG.

 


Notes et références

[1] Rapport AMORCE/ ADEME.


 

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